1978, année de la création de l’Ensemble orchestral de Paris par Jean-Pierre Wallez, Marcel Landowski et Roland Bourdin, qui deviendra par la suite l’Orchestre de chambre de Paris. Année également de la sortie du film de Federico Fellini Prova d’orchestra (« Répétition d’orchestre  ») où, sur une musique de Nino Rota, des musiciens répètent dans un ancien monastère, boivent un peu trop, se chamaillent, évoquent la personnalité de leur instrument avec humour ou sérieux selon les genres, et jugent immanquablement leur pupitre comme plus important que celui du voisin ! Quarante ans plus tard, les choses ont-elles changé ? Sans doute pas ! Un orchestre demeure encore et toujours un collectif de passionnés.

Sur scène ou en fosse, les quarante-trois musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris se réjouissent de leur petit nombre. « Quand vous sortez de l’orchestre de chambre, vous ressentez une fraîcheur physique et nerveuse qu’il n’y a pas dans le grand répertoire symphonique ! » Ces propos de Gérard Maître, violoniste entré à l’orchestre lors de sa création, semblent pouvoir être repris par tous ses camarades. Si la vie d’un orchestre symphonique est fascinante, galvanisante même, le musicien qui en fait partie peut facilement passer inaperçu. A contrario, de taille humaine, la formation de chambre peut s’embrasser d’un regard et, comme le dit l’altiste Claire Parruitte, « on a alors la sensation d’être un peu unique ». De ce sentiment naît sans doute une mobilisation particulière des membres de l’orchestre, partie prenante de l’aventure, se vivant comme « passeurs de patrimoine », selon les termes d’Hélène Lequeux-Duchesne, déléguée de l’orchestre.

Traversant quatre siècles de musique sous la direction d’importants chefs venus de diverses écoles, d’instrumentistes renommés mais aussi sans personne sur le podium, plus chambristes que jamais, ces artistes sillonnent la ville, la région, le pays et le monde avec l’appétit de partager leur art si capable de donner corps aux questions modernes. « Joie, amour, terreur, désespoir : tous ces sentiments sont chez Mozart, Haydn et Beethoven. Voilà pourquoi ces compositeurs et tant d’autres restent pertinents pour notre temps et sans frontières », confie le directeur musical Douglas Boyd.

Forts de toutes ces rencontres, les musiciens s’investissent volontairement pour aller au plus près de publics éloignés ou empêchés, en prison, dans des collèges difficiles, en maison de retraite… avec toujours la même volonté d’excellence : « Lors des actions pédagogiques, il faut que la qualité soit exactement la même que pour les grands concerts. » souligne Gérard Maître. À force de conviction, ils amènent notamment des jeunes à pratiquer la musique, en France, mais aussi au Proche-Orient où une relation profonde s’est tissée été après été. Comme le film de Fellini finalement, l’Orchestre de chambre de Paris n’a pas pris une ride !

Par Judith Chaine