Née dans une famille de musiciens, Deborah Nemtanu a quatre ans lorsqu’elle choisit le violon. La précocité dans la réussite et la diversité dans le talent caractérisent son parcours.

Que signifie avoir quarante ans ?

Je ne les ai pas encore, alors difficile à dire ! L’orchestre n’a pas été aussi jeune depuis longtemps. Nous assistons à un renouvellement incroyable ! Lorsque je suis arrivée en 2005, j’avais vingt et un ans ; la personne la plus jeune après moi avait le double de mon âge dans mon pupitre ! Les choses ont bien changé depuis. Le mélange est aujourd’hui merveilleux car il y a encore des gens qui ont créé l’orchestre. Les anciens apportent leur expérience et les nouveaux de la fougue… Les anciens ont d’ailleurs toujours de la fougue !

L’identité de l’orchestre évolue ?

Les musiciens présents depuis l’origine ont vécu plusieurs orchestres et chaque personne qui y entre en vivra aussi. L’orchestre change selon les chefs et les solistes, ces évolutions nous stimulent. Malgré cette flexibilité, nous essayons d’ancrer notre ADN, de toujours garder une optique de chambriste avec les bois par deux, un pupitre de violons à huit, un certain répertoire… Jouer du Schumann ou du Brahms à quarante-trois change la conception, le jeu, les nuances, les couleurs… Si un peintre a moins de matière, il fait différemment.

Serait-ce ce qui vous a donné envie de rejoindre l’Orchestre de chambre de Paris ?

Absolument. J’aime cette échelle, le fait que le public puisse reconnaître chacun de nos visages. Devant un orchestre symphonique, nous sommes face à une masse de cent vingt musiciens. Cette puissance est magique bien sûr, mais j’apprécie la complicité ressentie au sein d’un orchestre de chambre.

Quel est au juste le rôle du premier violon ?

Le premier violon est vraiment le pilier, le pivot rythmique, humain et musical entre le chef et les musiciens. Je retranscris par exemple les envies, les idées, les inspirations des maestros à mes camarades. Cette année, notre projet est de réussir à jouer des symphonies sans chef, celles de Beethoven par exemple. Chaque musicien devient alors responsable à 100 % de 100 % de l’orchestre. Nous ne subissons plus la conception d’une personne, nous suivons notre conception à nous !

Propos recueillis par Judith Chaine

Deborah Nemtanu joue sur un violon de Domenico Montagnana de 1740, généreusement prêté par Monceau Investissements Mobiliers, société du groupe Monceau Assurances.