D’abord hauboïste, Douglas Boyd a commencé sa nouvelle vie de chef d’orchestre à quarante ans. Aujourd’hui directeur musical de l’Orchestre de chambre de Paris, il entend célébrer le quarantième anniversaire de l’orchestre en regardant vers l’avenir.

 

Que signifie avoir quarante ans ?

Pour l’orchestre, cet anniversaire est l’occasion de célébrer son histoire, mais plus encore de fêter l’avenir. Nous avons d’ailleurs passé commande à un jeune compositeur français, Arthur Lavandier, pour le concert anniversaire de cette quarantième saison. Le plus important est de regarder vers le futur.

Vous-même avez choisi, à quarante ans, de changer de carrière…

Tout à fait ! J’avais une belle vie en tant que hautbois solo du Chamber Orchestra of Europe, mais l’idée de diriger me taraudait… Quarante ans, c’est la middle age crisis ! Si j’ai adoré jouer pendant plus de vingt ans dans cet orchestre, je n’ai jamais cessé d’observer les grands chefs, en particulier Claudio Abbado et Nikolaus Harnoncourt. J’en ai tiré de grandes leçons ! Puis j’ai décidé de m’essayer à la direction, sans grande ambition au début. Professeur à la Royal Academy of Music de Londres et à l’université de Cambridge, je pouvais facilement rassembler des étudiants pour l’inauguration de Maestro Boyd ! Par ailleurs, grâce à ma petite carrière de soliste, j’ai vite trouvé des opportunités de jouer-diriger. Deux pour le prix d’un ! Une nouvelle vie commençait, j’avais quarante ans.

Le hautbois est désormais dans sa boîte ?

Juste après un grand concert avec Claudio Abbado et le Chamber Orchestra of Europe à Paris – nous jouions la 9e Symphonie de Schubert et quelques transcriptions de lieder avec Thomas Quasthoff –, j’ai décidé d’arrêter. Ces deux artistes ont été extraordinaires ensemble et nous ont offert un moment sublime. J’ai alors mis mon hautbois dans sa boîte et ne l’ai jamais ressorti.

Qu’aviez-vous à dire avec la direction que vous n’exprimiez pas comme instrumentiste ?

Le hautboïste, dans l’orchestre, doit être le chef de l’harmonie, une position cruciale. Peut-être ai-je tout simplement eu l’ego de continuer ainsi en dirigeant tous les musiciens !

La musique savante pour tous, une utopie ?

Au contraire, c’est primordial  ! Excellence et lutte contre l’exclusion sont nos missions. Le musicien doit s’engager pour la communauté. J’ai vu de quelle façon la musique peut changer la vie des gens. J’étais un enfant de la middle class en Écosse. Dans les années 1960 et 1970, la musique était gratuite à l’école, instruments et leçons compris. Nombreux sont mes amis dont la situation sociale était difficile et qui, grâce à cette éducation, sont devenus des professionnels. Voilà le pouvoir de la musique !

Quels sont les grands défis de cette saison anniversaire ?

Nikolaus Harnoncourt a dit que la sécurité est l’ennemie de la musique. Il avait tellement raison ! On doit prendre des risques pour faire de la grande musique et être ainsi un ambassadeur culturel pour Paris et la France. Continuons à trouver des jeunes musiciens qui partagent cette vision. Parce qu’être musicien dans un orchestre, ce n’est pas seulement une question de talent… En particulier pour un orchestre de chambre !

Propos recueillis par Judith Chaine