Interview de Brigitte LEFÈVRE, présidente du conseil d’administration de l’Orchestre de chambre de Paris à l’occasion de la célébration des 40 ans de l’orchestre. 

Avoir quarante ans, qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a quelques années, c’était la maturité. Aujourd’hui, je crois que l’on est plus jeune. Personnellement, j’ai plus de quarante ans mais j’ai l’impression d’avoir toujours vingt ans ! Quarante ans en 2018 ? Je dirais que c’est l’âge idéal pour évaluer une action et se projeter vers l’avenir.

D’où vous viennent cette curiosité, cette passion insatiables ?

Ce n’est pas un hasard ! Ma mère était pianiste, aussi la musique m’a toujours accompagnée. Je me souviens des concerts des Musigrains où elle m’emmenait… Voir l’orchestre jouer La Mer de Debussy ! Entendre et voir, c’est tout de suite devenu tellement lié. Aller au concert est véritablement un plaisir des sens ! Plus tard, en dansant, j’ai éprouvé autrement cette joie d’être avec la musique.

Un orchestre, c’est comme un corps de ballet, une compagnie ?

Cela se rejoint ! J’ai adoré cette notion de compagnie à l’Opéra de Paris. Percevoir chaque visage, chaque forme de jeu. Pas de jeunisme ni d’immobilité, mais un collectif en mouvement que l’on peut connaître en détail tout en se laissant surprendre…

La surprise, vous aimez ?

Oui ! J’aime profondément découvrir de nouvelles musiques par exemple. C’est bien d’avoir sa madeleine de Proust, mais découvrir c’est la vie. L’Orchestre de chambre de Paris, en irriguant ses programmes de pages méconnues du répertoire comme de musique contemporaine, remplit très bien cette mission.

Transmettre, c’est la mission d’un orchestre comme l’Orchestre de chambre de Paris ?

Tout ce qui est de l’ordre de la quête de la perception n’a de sens que si l’on peut le transmettre à une autre partie de la population qui n’y a pas accès. Je trouve formidable que l’Orchestre de chambre de Paris aille vers ces publics empêchés ou éloignés depuis de si nombreuses années. Il faut être militant. J’ai toujours cherché cela. Il est nécessaire de franchir les passerelles, que chacun, à un moment donné, se mette à la place de l’autre.

La culture, finalement, qu’est-ce ?

L’art partagé. Nous vivons des moments tellement morcelés… Tant sur un plan générationnel que sur un plan social, nous vivons côte à côte plus qu’ensemble… Mais parfois, grâce notamment au spectacle vivant, on se rassemble autour de la beauté. C’est la note bleue ! L’Orchestre de chambre de Paris est non seulement là pour que le public l’écoute, mais aussi pour que la musique qu’il joue soit à l’écoute des autres. Être un artiste, c’est demeurer en éveil, constamment