Musiciens et publics en difficulté s’enrichissent de leur rencontre. 

 

Depuis de nombreuses années, l’Orchestre de chambre de Paris poursuit ses actions citoyennes, qui apparaissent de nos jours plus indispensables que jamais. Que ce soit avec des collégiens et des personnes issues de l’immigration (Histoire des quatre coins du monde), en milieu carcéral (Les Flibustiers du Qlassik) ou en collaboration avec le Samu social, de nombreux projets ont été menés ces derniers mois. Conformément à sa mission de service public, l’orchestre échafaude ainsi des passerelles culturelles à destination de nombreuses personnes en difficulté, empêchées ou exclues.

À l’origine, comme beaucoup de musiciens de l’orchestre étaient aussi des enseignants en conservatoire, les premières actions ont concerné les enfants et adolescents. Mais depuis cinq ans, de nouvelles initiatives ont été développées à destination de ces publics précarisés, empêchés ou exclus. Destinées à tisser du lien, ces actions ciblent des personnes qui ne sont pas coutumières des salles de concert. Sensibilisées par le biais des associations, elles sont invitées à s’impliquer dans un processus créatif artistique. L’accent est mis sur des projets participatifs et interdisciplinaires de plusieurs mois, permettant des échanges depuis la conception jusqu’à la représentation de leur création sur scène. Les musiciens se mobilisent sur le principe du volontariat. Parmi eux, le violoniste Frank Della Valle, très présent auprès de personnes détenues dernièrement, justifie son engagement : « Je me vois comme un tout petit véhicule, à bord duquel ces personnes embarquent pour que je les conduise vers un monde qu’elles ne connaissent pas. Alors que la misère alentour est de plus en plus épouvantable, notre devoir est d’offrir un peu d’espoir, si nous avons la possibilité de le faire.

» Étienne Cardoze, violoncelliste, renchérit : « Ces actions permettent de toucher des personnes précarisées qui, sans cela, ne seraient jamais venues à nos concerts fréquentés par un public beaucoup plus favorisé. Or, dans la société actuelle, la rencontre de ces deux mondes me parait indispensable. » Les actions de l’orchestre font même partie des raisons ayant poussé la contrebassiste Caroline Peach, récemment arrivée de Montréal, à vouloir intégrer la formation : « Je trouve important, en tant qu’artiste, d’être socialement impliquée dans la ville où je m’établis. Cela m’impose de sortir de ma zone de confort. » On pourrait croire que le concert est une distraction bienvenue pour des personnes dont le quotidien n’est pas rose. Mais les actions citoyennes de l’orchestre dépassent largement le stade du divertissement, en impliquant leurs participants dans un processus artistique gratifiant. Les succès des récentes créations sont un encouragement à renouveler ces rencontres, desquelles les participants, mais aussi les musiciens, sortent grandis.

Par Éric Delhaye