Le chef d’orchestre achève cette saison son mandat de cinq ans à la tête de l’Orchestre de chambre de Paris. (entretien effectué début 2019)


Quel meilleur souvenir gardez-vous de ces cinq ans ?
Ma philosophie est de faire de chaque concert un événement, comme s’il était le dernier de votre vie… et lorsqu’il est terminé, il faut faire comme si le suivant était à nouveau votre dernier ! Nous pouvons être tous très fiers de ce que nous avons réalisé. Je retiens particulièrement Fidelio en novembre 2016 à la Philharmonie de Paris. L’utilisation de la vidéo avec la création de Peter Mumford a enrichi l’expérience de l’auditeur et lui a permis de mieux comprendre l’opéra. L’oeuvre de Beethoven qui célèbre la liberté et la fraternité est toujours pertinente… surtout pour un Britannique à l’heure du Brexit ! Quand nous avons donné L’Enfance du Christ de Berlioz en janvier 2019 à la Philharmonie, le public a observé un silence incroyable à la fin du concert… avant d’exploser. Je conserve le souvenir de cet instant précieusement.

Qu’avez-vous prévu pour le dernier concert avec l’Orchestre de chambre de Paris ?
Nous donnerons la Grande Symphonie de Schubert (no 9). Depuis cinq ans, nous avons beaucoup travaillé sur le répertoire classique avec une écoute typique de l’orchestre de chambre, une circulation du son, des modes de jeu hérités des néo-baroques. Je sais qu’à présent, nous avons une meilleure compréhension de cette musique, qui sera un socle pour aborder Schubert. Pour le reste, je ne suis pas très bon pour célébrer les événements… Je vais avoir bientôt soixante ans et les fêterai tout simplement en dînant avec ma femme.

Vous vous êtes beaucoup investi dans les projets participatifs…
Ces projets de créations citoyennes sont devenus très importants pour l’orchestre. Nous avons fait de nombreux concerts avec des personnes détenues, devant la maire de Paris. Nous aurons bientôt un concert avec les enfants de Démos (Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale). Ces expériences ont été inspirantes, des deux côtés. C’est le futur de l’orchestre.

Des regrets ?
Je n’ai sans doute pas été assez patient au début de notre collaboration ! En Angleterre, nous avons moins de temps, pour répéter par exemple, nous voulons aller très vite. Nous exigeons donc une grande réactivité. Petit à petit, nous avons trouvé le bon rythme : plus de dynamisme chez les musiciens et… j’ai appris à me détendre aussi (rires) !

Le mot de la fin ?
La réputation de l’orchestre a beaucoup progressé et va continuer à le faire. Il faut rester en mouvement, comme on dit en anglais : « Garden is never finished* ».