Bruno Mantovani présente « Danse libre », pour harpe et orchestre de chambre qui sera créée mondialement lors du concert du jeudi 7 décembre au Théâtre des Champs-Élysées.

 

Aviez-vous déjà composé d’autres pièces qui fassent appel à la harpe ?

Deux autres pièces sont en effet à mon catalogue. Elles datent de 2007 : Tocar pour harpe seule et le Quintette pour Bertold Brecht pour harpe et quatuor à cordes. Tocar, par exemple, prend l’image à rebours de la harpe, instrument que l’on considère à tort de salon et d’orchestration. On peut aussi en révéler un aspect plus rythmique et percussif.

Après Danses sacrée et profane de Debussy, on est frappé par le titre de votre oeuvre : Danse libre. De quelle « liberté » s’agit-il ?

J’ai composé cette pièce à l’époque de l’attentat du Bataclan, dans une atmosphère lourde. Le domaine de la religion m’intéresse sur le plan culturel et donc musical. Pour le reste… En regard de la pièce Danses sacrée et profane, j’ai donc choisi d’affirmer une totale « liberté » d’écriture avec une oeuvre purement musicale.
Il en allait ainsi dans un passé lointain où les compositeurs exerçaient leur art aussi bien dans la musique religieuse que dans les chansons paillardes. Le sacré et le profane coexistaient au Moyen Âge.

Avez-vous composé cette pièce en pensant à la personnalité de la soliste ?

En effet. J’ai dirigé à plusieurs reprises Isabelle Moretti dans Danses sacrée et profane de Debussy, notam-ment avec l’Orchestre Simón Bolívar à Caracas, mais aussi avec les musiciens de l’Orchestre des jeunes de São Paulo. Je connais son sens aigu de la fantaisie et de l’imprévisibilité.

Quelle est la structure de l’œuvre ?

Il s’agit d’un mouvement continu de forme assez traditionnelle. Je l’avais conçu au départ comme une cadence de harpe seule, que j’ai orchestrée progressivement en travaillant sur la dimension soliste de la harpe. Puis, à l’orchestre, j’ai imaginé une texture qui change les sonorités de l’instrument soliste, presque comme si j’avais composé une pièce pour harpe et électronique. J’ai poussé la virtuosité suffisamment loin afin de créer cette texture qui soit à la fois nouvelle et personnelle. Je n’ai pas exploité de procédés d’écriture inouïs. Enfin, cette grande « cadence » de harpe, très diversifiée, suit des règles d’orchestration particulières de l’Orchestre de chambre de Paris.

Comment cela ?

Cette formation dite « mozartienne » possède une matière sonore brute, sans la masse orchestrale des orchestres dits « romantiques ». C’est donc avec l’énergie de l’écriture qu’il faut porter la pensée musicale. De fait, l’ensemble devient aussi un instrument résonnant de la harpe. Et l’œuvre se clôt par quatre notes qui renvoient au thème principal de Danses sacrée et profane. Ne pourrait-on pas d’ailleurs enchaîner les deux pièces, la mienne et celle de Debussy ?

Propos recueillis par Anissa Rémot

 

 

 Jeudi 7 décembre à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Danse(s), avec Douglas Boyd (direction) et Isabelle Moretti (harpe)

Dès 19 heures, en prélude au concert, Stéphane Friederich vous convie, dans la salle du Théâtre des Champs-Élysées, à une discussion à la fois intime et rythmée avec Isabelle Moretti et Bruno Mantovani.

 

 

  Voir l’interview vidéo de Bruno Mantovani et Isabelle Moretti sur  le concerto pour harpe « Danse libre »