Rencontre avec celui qui se produit avec des ensembles tels que Musica Antiqua Wien, Il Seminario Musicale, La Chapelle royale et Les Musiciens du Louvre, à l’occasion de son concert du mercredi 27 septembre au Théâtre des Champs-Élysées avec Vivica Genaux (mezzo-soprano) et Sonia Prina (contralto).

 

Parlez-nous des œuvres au programme. Pourquoi avoir choisi La foresta incantata de Geminiani et La Gloria e Imeneo de Vivaldi ? Quelles sont leurs spécificités, et avez-vous une anecdote particulière à propos de l’une d’elles ?

Il s’agit de deux importants compositeurs italiens, mais les deux pièces jouées dans ce programme sont en fait des hommages à la France. La Gloria e Imeneo est une sérénade qui a été composée à l’occasion d’une fête pour un mariage donnée à l’ambassade française de Venise et qui démontre la capacité d’écriture vocale de Vivaldi. Sa durée (45 minutes) permet aux auditeurs d’aujourd’hui de jouir d’une œuvre complète de Vivaldi, et non de fragments, comme c’est souvent le cas lors de récitals. La foresta incantata est également un hommage à la France : c’est un spectacle que Geminiani a produit à Paris, au palais des Tuileries. C’est un exemple extraordinaire de musique descriptive, où Geminiani démontre sa connaissance et son désir de se faire connaître du public français. C’est une musique pour une grande part italienne, mais aussi pleine de « saveurs » françaises. Je pense que c’est important, parce que l’on parle toujours de la « querelle » de la musique italienne et de la musique française au XVIIIe siècle. Nous avons ici un très bon exemple de tolérance réciproque.…

 
Pouvez-vous nous parler de votre relation avec chacun de ces compositeurs ?

Vous vous en doutez, Vivaldi est mon compositeur fétiche. J’ai commencé toute ma carrière avec lui, et c’est en jouant et dirigeant sa musique que j’ai acquis une certaine notoriété. Il est mon « compositeur-guide », en quelque sorte un ami et une constante dans ma vie. Même si Vivaldi est surtout connu pour ses œuvres instrumentales, j’apprécie particulièrement de jouer ses pièces de musique vocale. Pour moi, en tant que chef d’orchestre et violoniste, Geminiani est incontournable, parce qu’il compte parmi les trois ou quatre plus grands violonistes du xviiie siècle. Le fait qu’il soit un élève direct de Corelli est une donnée importante pour tous les violonistes amateurs de la musique de ce siècle. J’ai commencé par jouer ses sonates et puis développé ma connaissance avec ses concerti grossi. La foresta incantata a fait pour ma part l’objet d’investigations, avec de nombreuses représentations. Je considère capital que le grand public ait un panorama le plus complet de l’histoire de la musique ; c’est pourquoi j’aime inclure des pièces de ce genre dans les concerts.

 

Pour ce programme, vous dirigez l’Orchestre de chambre de Paris de votre violon. Qu’apporte selon vous le joué-dirigé dans votre interprétation des œuvres ?

En général, les musiciens démarrent leur carrière en tant qu’instrumentistes, puis viennent ensuite à la direction d’orchestre. Diriger un orchestre me fascine, ce que je fais régulièrement avec des opéras romantiques. Mais en fait la direction d’orchestre au sens où on l’entend aujourd’hui est quelque chose qui s’est développé seulement à partir du milieu du xixe siècle. Toute la musique écrite jusqu’à l’époque de Verdi était faite pour être dirigée du violon. Je dois admettre que diriger de mon instrument crée une relation très naturelle avec l’orchestre, parce que le geste du violoniste est immédiatement compris par tous les musiciens. Il s’installe une complicité et une théâtralité qui font que cette musique n’a vraiment pas besoin d’être dirigée de la baguette. Je considère que le joué-dirigé n’est pas démonstration historique ou d’authenticité, mais bien quelque chose qui fonctionne très naturellement avec les musiciens.

 

Comment travaillez-vous des œuvres vocales comme c’est le cas pour ce concert avec la mezzo-soprano Vivica Genaux et la contralto Sonia Prina ?

Je pense que la musique vocale est toujours une grande école pour les instrumentistes. Le travail entre les voix et les instruments fait que les musiciens et les chanteurs apprennent beaucoup les uns des autres. C’est donc un voyage excitant à la recherche de points communs : on parle des articulations, mais aussi de la dramaturgie du texte, pour ne pas s’éloigner du sens des paroles. Il est important de prendre du temps et d’être ensemble à la recherche de la meilleure manière de collaborer. Je parle bien de « collaboration », parce qu’il ne faut jamais que ce soit un accompagnement de la voix, ce doit être au contraire une construction commune. On considère souvent les chanteurs comme des vedettes, qu’ils soient accompagnés par un orchestre symphonique, un orchestre de chambre ou un piano. Je n’envisage pas les choses de cette façon : la musique a été créée pour que les membres de l’orchestre soulignent la force du texte et c’est donc un échange constant entre les chanteurs et les musiciens qu’il faut rechercher.

 

Vous êtes artiste associé à l’Orchestre de chambre de Paris pour la saison 2017-2018. Quelle image avez-vous de cette formation parisienne ?

C’est un plaisir de retrouver l’Orchestre de chambre de Paris. J’ai joué plusieurs fois avec cette formation par le passé et le travail avec les musiciens a toujours été excellent. Ce sont de très bons souvenirs. À chaque fois, je suis parvenu à communiquer dans la bonne direction le sens du répertoire et les musiciens se sont toujours montrés extrêmement attentifs. C’est un orchestre qui fait montre d’une véritable curiosité et du désir de découvrir et d’apprendre. J’ai un peu le sentiment de revenir à la maison !


Propos recueillis par Anissa Rémot.

 

 Mercredi 27 septembre à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, La foresta incantada, avec Vivica Genaux (mezzo-soprano) et Sonia Prina (contralto)

Dès 19 heures, en prélude au concert, Stéphane Friederich vous convie, dans la salle du Théâtre des Champs-Élysées, à une discussion à la fois intime et rythmée avec Fabio Biondi.

 

 

 

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