François-Frédéric Guy est considéré comme un spécialiste du répertoire romantique allemand et en particulier de Beethoven dont il a enregistré les trente-deux sonates, l’intégrale de la musique pour violoncelle et piano avec Xavier Phillips, ainsi que les cinq concertos avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Philippe Jordan.

 

Pour ce concert, vous interprétez et dirigez trois œuvres de Beethoven, le Trio n° 4 «Gassenhauer », le Triple Concerto pour violon, violoncelle et piano et la Symphonie n° 5 en ut mineur. Qu’est-ce qui, selon vous, lie ces trois pièces ?

Mais la musique de Beethoven tout simplement! Je veux dire qu’en fait toutes ses œuvres sont connectées entre elles – pour employer un terme cher à notre époque –, comme un puzzle gigantesque de 135 opus! Bien entendu, le programme du concert peut se comprendre comme une amplification, depuis la musique de chambre jusqu’à la symphonie, en passant par le Triple Concerto en œuvre pivot, lequel procède tout à la fois de la musique de chambre, du concerto et de la symphonie.

Pourriez-vous nous parler plus en détail du Trio avec piano n° 4 en si bémol majeur «Gassenhauer » ? Quelles en sont les particularités esthétiques et techniques ?

C’est une œuvre de jeunesse pétillante et débordante d’énergie, virtuose, très spirituelle et presque légère, malgré son mouvement lent qui permet au violoncelle de s’épanouir magnifiquement dans une sorte de nocturne. C’est une facette de Beethoven qu’on néglige souvent au prétexte qu’elle ne sculpte pas la statue du géant qu’il était…

Particularité intéressante, ce trio a été écrit à l’origine pour clarinette, violon et violoncelle, mais Beethoven a évidemment approuvé sa propre « transcription » pour la formation habituelle de trio pour piano et cordes.

Quels sont les passages que vous appréciez le plus dans le Triple Concerto ?

Je dirais que l’œuvre est admirable non seulement dans son propos mais aussi par l’audace de sa présentation. Elle intègre dans une forme concertante un trio avec piano qui constitue « l’instrument soliste » tout en permettant à chacun des instrumentistes d’être concertant individuellement! Un tour de force inégalé. Le violoncelle se taille la part du lion cependant. Peut-être Beethoven voulait-il se faire pardonner de ne pas avoir écrit de concerto pour cet instrument dont il maîtrisait pourtant génialement l’écriture si l’on se réfère aux cinq sonates et aux cahiers de variations qui jalonnent son œuvre ! L’un des sommets de l’œuvre est justement le thème du mouvement lent exposé au violoncelle et qui tire les larmes à coup sûr, surtout lorsqu’il est interprété par Xavier Phillips !

Quelle est votre histoire avec cette œuvre si connue qu’est la Symphonie n°5 en ut mineur ? Que transmet-elle selon vous ?

Ce sera un moment très spécial pour moi car je dirigerai à Paris pour la première fois ! Que cette première fois coïncide avec l’exécution de cette symphonie emblématique entre toutes du génie beethovénien, c’est un événement extraordinaire dans ma vie de musicien. J’ai pu mesurer l’exigence technique qu’elle requiert. J’avais cinq ans lorsque j’ai entendu le fameux thème du destin pour la première fois, martelé au tout début tel une signature. Il était interprété par Les Quatre Barbus, un groupe de chansonniers célébrissime des années 1960, qui avait posé des paroles absurdes et hilarantes sur le premier mouvement. Cela s’intitulait La Pince à linge… Tout le monde connaît ça, ou presque ! Plus sérieusement, la Cinquième est un modèle de concision – elle ne dure que 35 minutes –, qui concentre en elle un nombre inouï d’événements musicaux révolutionnaires. Le thème du destin qui frappe à la porte au début avec énergie, sinon violence, est l’un d’eux, mais aussi l’orchestration qui fait appel aux trombones et au contrebasson dans le finale. Lorsque cette symphonie fut jouée en France pour la première fois, bien après la chute de l’Empire, les musiciens s’écrièrent d’une seule voix « Vive l’Empereur! » sur les trois premières notes scandées du finale, tant cette œuvre paraissait incarner la Révolution française et Napoléon, ses idéaux et son caractère de conquête triomphale, même si Beethoven avait rejeté l’Empereur, synonyme de guerre et de souffrance pour les Viennois… Harnoncourt voyait même dans le troisième mouvement une révolution étudiante, un peu dilettante, pas très structurée… Noblesse, grandeur, énergie, conquête, plénitude sont les mots qui viennent à l’esprit.

Deux autres solistes vous accompagnent dans ce programme. Comment se passent la rencontre et le travail entre trois fortes personnalités musicales ?

En trio je joue habituellement avec Xavier Phillips et Tedi Papavrami. Ensemble nous avons interprété plusieurs fois l’intégralité des trios et aussi le Triple Concerto. Si nous formons trois fortes personnalités, comme vous dites, je parlerais d’abord de la véritable alchimie qui s’est créée entre nous au fil du temps, par la fréquentation commune de ce répertoire exigeant. Pour ce concert, la violoniste allemande Lena Neudauer remplace Tedi Papavrami, souffrant. Nous sommes heureux de partager la scène avec elle pour la première fois à Paris.

Propos recueillis par Anissa Rémot

 

 

 Mercredi 28 mars à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Triple de Beethoven, avec François-Frédéric Guy (direction et piano), Lena Neudauer (violon) et Xavier Phillips (violoncelle)

 

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