Jonathan Biss est un pianiste de renommée mondiale qui partage sa vive curiosité musicale avec les mélomanes des salles de concert et au-delà. Il répond à nos questions à l’occasion de son concert avec l’orchestre le samedi 11 novembre au Théâtre des Champs-Élysées.

 

Pouvez-vous nous parler de l’oeuvre City Stanzas que la compositrice Sally Beamish vous a dédiée ?

City Stanzas de Sally Beamish fait partie d’une série de cinq concertos qui me sont dédiés. Chacun d’eux est une « réponse » à un concerto de Beethoven, même s’il ne s’agit pas d’hommage à proprement parler. La référence au Concerto n° 1 du compositeur allemand est cependant explicite dans City Stanzas : les structures des troisièmes mouvements, par exemple, sont similaires.
Dans son oeuvre, Sally Beamish a transposé la structure du concerto de Beethoven, mais elle lui a insufflé une tout autre atmosphère : au ton léger et joyeux de Beethoven, elle oppose l’ironie et le sarcasme. Il s’agit en quelque sorte d’une confrontation de Beethoven avec le XXIe siècle. Pour moi, c’est une pièce ingénieuse et forte et, au final, très émouvante. Je l’ai déjà jouée des centaines de fois et je dois admettre que je l’apprécie à chaque fois un peu plus.

Il est peu fréquent de voir un pianiste jouer deux concertos dans un même concert : avez-vous une préparation spécifique pour enchaîner deux oeuvres aussi différentes l’une de l’autre ?

Effectivement, il est rare qu’un pianiste joue deux concertos l’un à la suite de l’autre. Enchaîner une oeuvre de Beamish et une autre de Beethoven reste un véritable challenge, car le type de son à produire est totalement différent. Cela exige aussi une certaine agilité d’esprit. Pour autant, j’apprécie ce genre de défi. Quand, en récital, j’interprète des œuvres de siècles différents, j’ai la possibilité de montrer plusieurs facettes de ma personnalité musicale, ce qui n’est pas toujours le cas dans un programme orchestral. C’est donc une formidable opportunité pour moi d’instaurer une relation plus profonde avec le public et l’orchestre.

Parlez-nous des passages que vous appréciez le plus dans le Concerto pour piano n°1 en ut majeur de Beethoven. Quelle est votre relation avec ce compositeur ?

Je voue une admiration sans borne à Beethoven, et ce depuis le début de ma carrière. J’apprécie particulièrement ses oeuvres de jeunesse – comme le Concerto n° 1 – car elles sont ludiques, humoristiques et pleines d’esprit, mais aussi empreintes de spiritualité. Et c’est alors qu’une véritable poésie survient, comme dans le second mouvement de ce concerto, où le temps paraît comme suspendu…

Que vous apporte le travail avec une formation réduite comme l’Orchestre de chambre de Paris ?

J’apprécie tout particulièrement de travailler avec des orchestres de chambre, d’abord parce que leur répertoire comprend les plus belles pages de musique écrites pour piano. Ensuite, je trouve qu’au sein d’un orchestre de chambre, la relation avec les musiciens est plus étroite et intime que dans des formations plus grandes. Être sur scène avec une centaine de personnes est une expérience incroyable et forte, mais vous n’avez pas la sensation de connaître les musiciens de la même façon. Dans un orchestre de chambre, un dialogue extraordinaire s’instaure, les musiciens jouant très proches les uns des autres. La musique pour orchestre de chambre est sublime car, même si la formation est réduite, une vaste palette d’émotions est transmise, comme c’est le cas notamment dans le Concerto pour piano n° 1 de Beethoven. C’est donc un pur bonheur pour moi de jouer avec l’Orchestre de chambre de Paris.

 

 
Propos recueillis par Anissa Rémot

 

 Samedi 11 novembre à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Beethoven / Beamish, avec Douglas Boyd (direction) et Jonathan Biss (piano)

Dès 19 heures, en prélude au concert, Stéphane Friederich vous convie, dans la salle du Théâtre des Champs-Élysées, à une discussion à la fois intime et rythmée avec Sally Beamish.

 

 

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