Après avoir été révélée au public par la musique baroque, Sandrine Piau affiche aujourd’hui un large répertoire reflété par une abondante discographie et confirme sa place d’exception dans le monde lyrique. À l’occasion de son concert du mercredi 11 octobre au Théâtre des Champs-Élysées avec David Reilaud (direction), lisez l’interview de Sandrine Piau.

Pour ce concert, vous chantez Trois poèmes de Stéphane Mallarmé de Ravel ainsi que Sieben frühe Lieder de Berg. Comment préparez-vous ces œuvres ?

 Je pense qu’on se prépare de la même façon pour toutes les musiques. La forme diffère mais pas le fond. Le socle immuable est la technique vocale, une connaissance de soi et de son instrument, dans ses limites comme dans sa force. Chercher, c’est aussi se perdre ; cette base est notre fil d’Ariane. Toutes les libertés, les transgressions vocales ou musicales peuvent alors s’exprimer. Pour ce programme en particulier, le rapport au texte est essentiel. Ravel, comme Debussy, a été séduit par la poésie mystérieuse de Stéphane Mallarmé. On peut se laisser porter par elle sans toujours en saisir le sens profond. Elle est musicale. Pour les Sieben frühe Lieder, Berg a choisi sept poésies de sept poètes. L’unité naît d’un thème, d’une couleur à laquelle Berg s’attache dans son cycle. C’est justement par la musique qu’il rassemble les différentes sensibilités exprimées.

Parlez-nous des passages que vous appréciez le plus. Difficile de choisir un passage particulier dans ces deux œuvres…

Chez Berg, la poésie Nacht m’émeut beaucoup et j’apprécie Die Nachtigall pour sa simplicité et son élan. Dans la pièce de Ravel, la première phrase de la troisième mélodie « Surgi de la croupe et du bond d’une verrerie éphémère… » est une pure magie !

Quelle est votre relation avec ces deux compositeurs ?

Une relation de longue durée. Avant de rencontrer Philippe Herreweghe et William Christie et de m’aventurer dans des contrées baroques totalement inconnues pour moi, je n’écoutais et ne jouais (à la harpe) presque que de la musique du XXe siècle. Ce sont clairement mes premières amours !

Quelle est votre vision des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris ?

 J’ai déjà eu la chance de chanter Les Illuminations de Britten au Théâtre des Champs-Élysées avec l’Orchestre de chambre de Paris. Ce sont donc des retrouvailles autour de compositeurs qui nous sont chers et je m’en réjouis.

Dans quel état d’esprit abordez-vous ce concert ?

Comme tous les autres, avec ce mélange d’appréhension et d’excitation qui se nomme le trac ! Et surtout, avec le plaisir sans cesse renouvelé de rencontrer le public, en particulier dans ce théâtre. C’est sans doute dans cette salle de concert que j’ai le plus chanté. Elle demeure immuablement magique, chargée de toute son histoire musicale. Lors d’un concert, ce qui compte à mes yeux, c’est l’élan, l’impulsion dans l’instant. Je pense que le public donne autant que l’artiste. C’est un véritable échange, une rencontre dont nous nous nourrissons mutuellement.


Propos recueillis par Émilie Tachdjian 

 

 Mercredi 11 octobre à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Poèmes et lieder avec David Reiland (direction) et Sandrine Piau (soprano)

Dès 19 heures, en prélude au concert, Stéphane Friederich vous convie, dans la salle du Théâtre des Champs-Élysées, à une discussion à la fois intime et rythmée avec David Reiland.

 

 

 

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