Le chef Thomas Dausgaard répond à nos questions à l’occasion du concert du vendredi 19 janvier 2018 au Théâtre des Champs-Élysées.

 

Pour ce concert, vous dirigez deux œuvres d’époques et d’univers sonores différents : le Concerto pour violoncelle n° 1 de Chostakovitch et la Symphonie n° 2 de Bruckner. Quels sont les traits communs à ces deux pièces ?

Ces deux œuvres invitent l’auditeur à un voyage des ténèbres vers la lumière. Je pense qu’elles peuvent toucher chacun d’entre nous car elles sont empreintes d’une très forte spiritualité, même si elles utilisent des langages musicaux différents.

Je vois le Concerto pour violoncelle n° 1 de Chostakovitch comme un périple vers l’au-delà, où une vie après la mort est possible : c’est ce qui amène la musique presque à s’arrêter dans le mouvement lent. Par la suite, le violoncelle, instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine, nous emporte à travers une longue cadence solo, qui redonne un souffle de vie et transforme la musique en énergie et abandon.

Dans la Symphonie n° 2 de Bruckner, la tension est encore plus grande et c’est seulement à la dernière minute que s’accomplit enfin cette résolution, après une heure d’attente.

Pouvez-vous nous parler plus en détail de la Symphonie n° 2 de Bruckner que l’orchestre interprète pour la première fois ?

C’est la première symphonie de Bruckner que j’ai entendue en concert et j’en suis immédiatement tombé amoureux. Pour moi, c’est comme si le compositeur était en dialogue constant avec Dieu : il cherche un sens, pose des questions, se sent parfois vain, d’autres fois euphorique ou délirant. C’est comme s’il avait la capacité d’être totalement transporté par une lecture de versets de la Bible et par des moments où il ressent la présence de Dieu. À mon sens, sa musique se situe dans ce registre du divin, entre la quête sans espoir et la certitude exaltée.
À certains moments, la musique s’arrête, comme si reprendre son souffle était nécessaire ou parce qu’elle explore des domaines plus sombres. Puis elle repart de plus belle avec un autre thème. C’est ainsi que sa structure donne parfois l’impression d’être mystérieuse, spontanée, voire moderne.

Mais comme dans toutes les grandes symphonies de Bruckner, une tension palpable pour l’auditeur fait le lien entre ces caractéristiques, ce qui rend l’écoute de ses œuvres très enrichissante.

Pour le Concerto pour violoncelle no 1 de Chostakovitch, vous collaborez avec le violoncelliste Jian Wang. Comment travaillez- vous avec les solistes en général ? Comment abordez-vous ce concerto en particulier ?

Jian Wang est l’un des plus grands violoncellistes de notre époque, j’ai la chance d’avoir pu interpréter nombre de concertos en sa compagnie. Son jeu à la fois intense et serein apporte de nouvelles perspectives pour l’interprétation des œuvres. En général, je rencontre les solistes un peu avant la première répétition pour discuter et jouer ; puis les musiciens de l’orchestre interviennent à leur tour.

Qu’attendez-vous de ce concert et du travail sur ces œuvres avec l’Orchestre de chambre de Paris ?

J’aime travailler avec cet orchestre qui est pour moi la combinaison unique de l’excellence, de la curiosité et de la générosité.
Ses musiciens jouent la symphonie de Bruckner pour la première fois. Il ressort de mon long compagnonnage avec cette œuvre qu’elle fonctionne aussi bien avec de grands orchestres symphoniques qu’avec des formations plus réduites. Quelques années auparavant, je l’ai enregistrée avec l’Orchestre de chambre de Suède (chez BIS Records) : à la première écoute, j’ai été frappé par la liberté qui en émanait, comme si l’orchestre et moi n’étions plus qu’une seule personne improvisant à l’orgue, comme aurait pu le faire Bruckner. J’espère que ce concert aura le même effet et qu’il permettra de faire entendre cette œuvre magnifique et émouvante d’une nouvelle manière.

Propos recueillis par Anissa Rémot

 

 

 Vendredi 19 janvier à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Bruckner intime, avec Thomas Dausgaard (direction) et Jian Wang (violoncelle)

Dès 19 heures, en prélude au concert, Stéphane Friederich vous convie, dans la salle du Théâtre des Champs-Élysées, à une discussion à la fois intime et rythmée avec Thomas Dausgaard.

 

 

 

 Cette interview extraite du programme de salle, découvrez d’autres interviews de solistes invités sur Facebook et sur YouTube.