Premier prix du Concours international Reine Élisabeth de Belgique en 2017, Victor Julien-Laferrière remporte également le Concours international du Printemps de Prague (2012). Après avoir participé à la première édition de l’académie de joué-dirigé de l’Orchestre de chambre de Paris « Paris Play-Direct Academy », le violoncelliste retrouve l’orchestre pour un concert le jeudi 11 octobre au Théâtre des Champs-Élysées. 

 

Pouvez-vous nous parler du Concerto pour violoncelle de Schumann ?

Cette œuvre occupe une place très particulière dans le répertoire pour violoncelle. Tout d’abord, elle a été composée alors qu’il était encore peu courant d’écrire des concertos pour cet instrument – cette pratique s’est développée au XIXe puis au XXe siècle. Elle est aussi singulière par sa forme, trois mouvements enchaînés, qui fera école, plus tard, auprès d’autres compositeurs. Elle montre une parenté assez évidente, par exemple, avec le Concerto de Saint-Saëns, qui observe le même plan. Par ailleurs, Schumann ne prévoit pas d’introduction d’orchestre, contrairement aux grands concertos de Beethoven (celui pour violon ou le Triple Concerto), Brahms ou Dvořák. On pourrait penser qu’une telle œuvre a sa place plutôt dans un programme symphonique, avec un grand orchestre. Ceux qui l’ont jouée savent cependant qu’elle est particulièrement adaptée à un orchestre de chambre. Schumann choisit une formation plutôt classique, très épurée, qui entretient une relation extrêmement intime avec le violoncelle.

Que représente cette œuvre pour vous ?

On décrit souvent ce concerto comme l’une des œuvres les plus difficiles du répertoire pour violoncelle, exigeant une grande maturité. Pour ma part, je m’y suis attelé assez jeune, un peu en autodidacte, vers l’âge de quatorze ans, tout simplement attiré par l’immensité du monde qu’il ouvrait. J’y suis ensuite revenu à intervalles réguliers, comme souvent le demandent ces œuvres fondatrices. J’ai en tête depuis toujours un enregistrement de ce concerto découvert dans la discothèque de mes parents: celui de Christophe Coin avec Philippe Herreweghe et l’Orchestre des Champs-Élysées. C’est un disque somptueux, qui reflète une interprétation profondément originale sans être spectaculaire. C’est si rare pour des œuvres rebattues !

S’il est difficile, dans ce genre d’œuvre, de dégager un passage de prédilection, je citerais néanmoins cette première phrase de violoncelle du premier mouvement, si personnelle, si tourmentée, si impalpable. Puis ce deuxième mouvement tout en apesanteur, un duo pour deux violoncelles – le soliste et le premier violoncelle de l’orchestre. Et enfin cette cadence du dernier mouvement, qui est une fausse cadence puisqu’elle est écrite : elle n’a rien d’un passage virtuose et se présente plutôt comme un moment poétique d’attente et d’observation.

Quelle est votre relation avec l’Orchestre de chambre de Paris ?

J’ai participé en 2011 à la Paris Play-Direct Academy de l’Orchestre de chambre de Paris. Je ne savais pas qu’il s’agissait de la première édition, mais ce fut une expérience particulière. Nous étions guidés par trois personnalités très différentes – Stephen Kovacevich au piano, Heinrich Schiff au violoncelle et Joseph Swensen pour le violon et la direction –, trois spécialistes de cette façon de diriger un concerto depuis l’instrument. Nous avions à disposition rien moins que l’Orchestre de chambre de Paris ! Cette expérience m’a profondément marqué. Revenir jouer avec l’orchestre quelques années plus tard, réveiller cette petite expérience commune que nous avons est formidable pour moi.

Propos recueillis par Anissa Rémot

Jeudi 11 octobre à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Violoncelle romantique

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