Rencontre avec celui qui fût nommé Première flûte soliste de l’Orchestre Philharmonique de Berlin à seulement 23 ans : Emmanuel Pahud, à l’occasion de son concert du lundi 27 février au Théâtre des Champs-Élysées avec Douglas Boyd.

Vous interprétez la Sonate pour flûte de Poulenc. Qu’est-ce qui vous plaît dans cette œuvre et quelles sont ses particularités ?

Cette sonate est, depuis sa création au milieu du xxe siècle par le flûtiste Jean-Pierre Rampal, la pièce pour piano et flûte la plus jouée. Elle a connu un succès immédiat. De nombreux arrangements s’en sont suivis, dont celui de Lennox Berkeley, popularisé par le flûtiste James Galway, que nous donnons ce soir. Je trouve cette version particulièrement colorée et vivante. Elle m’évoque par certains côtés de grandes pages de musique de film. Vous jouez également le Concerto pour flûte en ut majeur de Pleyel.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de ce compositeur, très célèbre en son temps puis tombé dans l’oubli ?

Ignaz Pleyel, de nationalité autrichienne, a une histoire singulière. Élève de Haydn, il rencontra un succès si fulgurant que son maître l’envoya à l’étranger, de crainte qu’il ne lui fasse concurrence ! Et c’est ainsi qu’il se retrouva à Strasbourg au moment de la Révolution fran- çaise. Son style d’écriture, très proche de celui de Mozart, lui donna l’opportunité de mettre en musique des chants révolutionnaires, dont ceux de Rouget de Lisle. Sa notoriété grandissante lui permit de s’installer à Paris où il fut particulièrement actif : tout en poursuivant son œuvre de compositeur, il fonda une manufacture de pianos et créa une maison d’édition. Son Concerto pour flûte en ut majeur est une pièce virtuose et brillante, qui fait la part belle aussi bien au soliste qu’à l’orchestre. D’esprit mozartien par l’inspiration, elle procure, à l’auditeur comme à l’interprète, un plaisir immédiat.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce concert ?

Avec Douglas Boyd et l’Orchestre de chambre de Paris, nous avons mené un travail important sur les styles de jeu d’époque. C’est d’ailleurs une des missions que se fixe cet orchestre : caractériser les programmes par une recherche stylistique commune, tout en restant au service de l’expression musicale.

C’est la seconde fois que vous jouez avec l’Orchestre de chambre de Paris. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce type de formation ?

Je me réjouis de retrouver l’Orchestre de chambre de Paris. Une formation chambriste permet de travailler sur les détails, bien plus finement qu’avec un orchestre symphonique où le message pourrait avoir tendance à se diluer. J’ai par ailleurs eu le plaisir de collaborer plusieurs fois avec Douglas Boyd, que je considère comme un interprète très expressif et très raffiné.

Qu’avez-vous envie de transmettre aux auditeurs ?

En premier lieu, l’intention du compositeur. Mon travail est de trouver, dans la partition, le message clé, puis de le rendre intelligible, accessible et vivant auprès du public. Le Concerto pour flûte de Pleyel et la Sonate pour flûte de Poulenc sont deux pièces que j’adore et j’espère qu’il en sera de même pour les auditeurs.

 

Emmanuel Pahud sera en concert dans Place aux vents !, lundi 27 février à 20h au Théâtre des Champs-Élysées.

Cette interview est extraite du programme de salle, découvrez d’autres interviews d’artistes ici sur Facebook.

 

Photo : Emmanuel Pahud © Josef Fischnaller