Tabea Zimmermann est considérée depuis de nombreuses années comme une des musiciennes les plus talentueuses de notre époque. Elle commence l’alto à l’âge de trois ans, étudie avec Ulrich Koch à la Musikhochschule de Fribourg, puis avec Sándor Végh au Mozarteum de Salzbourg. Elle se produira en concert avec l’orchestre 

Pour ce concert, vous jouez les Quattro danze transilvane de Sándor Veress. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cette œuvre et les passages que vous appréciez le plus ?

Les œuvres de Sándor Veress sont trop peu jouées à mon sens. Ce compositeur s’inscrit dans la lignée d’autres artistes hongrois tels que Bartók ou Kodály – qui furent ses professeurs –, Kurtág ou Ligeti – qui furent ses élèves. Ces quatre danses sont si chères à mon cœur que je serais bien incapable de vous dire quelle est ma préférée ! Leur rythme crée une forte cohésion entre les musiciens. Nous avons fait le choix de les jouer en début de concert pour pouvoir donner au public une large palette de sons, de rythmes et d’émotions, avec à la fois un tempo « rubato », un phrasé « chanté » et un rythme très dansant. Cette pièce est écrite pour cordes uniquement, elle donne pourtant l’impression d’être jouée par un grand nombre de musiciens.


Vous jouez également le
Concerto pour violoncelle de Schumann dans une version pour alto : quelle est votre relation avec ce compositeur ?

C’est la première fois que j’interprète la version pour alto de cette œuvre fantastique. J’ai toujours aimé la musique de Schumann, j’ai d’ailleurs joué toutes les parties d’alto de ses œuvres chambristes, comme la Sonate pour violon n°1, Trois romances (hautbois et piano), Fantasiestücke (clarinette et piano), Adagio et Allegro (cor et piano).

Comme l’alto n’occupe pas une place d’instrument soliste dans le répertoire que depuis le XXe siècle – Bartók, Hindemith, Walton ou, plus récemment, Olga Neuwirth, Georges Lentz, Jörg Widmann, Michael Jarrell ont écrit des pièces difficiles pour cet instrument –, il m’est parfois nécessaire de compléter mes programmes par des œuvres de la période romantique, comme ce Concerto pour violoncelle.

Robert Schumann en a écrit une version pour violon pour le violoniste et compositeur Joseph Joachim, mais j’ai préféré m’emparer de la version pour alto qui me semble mieux exprimer l’essence de sa musique, que je trouve tout simplement divine. J’ai le sentiment de comprendre en profondeur le langage musical de Schumann.


La
Sérénade n°2 de Brahms est rarement donnée en concert. Quelles sont ses spécificités techniques et esthétiques ?

L’écriture orchestrale de Brahms explore souvent des tonalités sombres dans les parties d’alto, de violoncelle et contrebasse, ainsi au début de son Requiem. Dans la Sérénade n° 2, il délaisse totalement les violons, ce qui bouleverse singulièrement l’équilibre entre les vents et les cordes graves. De toutes les œuvres orchestrales, cette Sérénade est une de mes préférées car la diriger de mon instrument fait sens.

Que vous apportent le travail avec une formation réduite comme l’Orchestre de chambre de Paris et la pratique du joué-dirigé ?

J’apprécie de plus en plus de pouvoir jouer tout en écoutant les autres. Le joué-dirigé m’apporte une communication directe avec les musiciens, il n’y a pas de hiérarchie : la seule qui existe véritablement est celle de la partition. Travailler sans chef permet une très grande proximité. Je suis également garante d’un certain équilibre dans notre interprétation, pour que chaque musicien puisse à la fois s’exprimer et laisser les autres le faire. Je me réjouis de notre collaboration !

 

 

Propos recueillis par Anissa Rémot

 

 

 Jeudi 24 mai à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Alto concertant, avec Tabea Zimmermann (direction et alto)

 

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