Un chiffre, d’abord, récemment aggravé par la crise migratoire : chaque soir, le Samu social héberge 34000 personnes, à Paris, dans des hôtels principalement. Souvent, cette solution d’urgence ne trouve pas d’issue et la situation perdure pendant des années, obligeant des familles entières à organiser leurs vies dans des chambres exiguës. Ces personnes précarisées, parmi lesquelles de nombreux enfants, sont les bénéficiaires du partenariat entre l’Orchestre de chambre de Paris et le Samu social, effectif depuis début 2017.

Pour s’assurer de mener un travail qualitatif, et garantir un suivi des publics concernés, les actions sont concentrées sur les centres d’hébergement d’urgence. Depuis son ouverture en juillet 2017 jusqu’à sa fermeture en juin 2018, celui de Simplon a logé dix-sept familles étrangères dans un immeuble du 18e  arrondissement. « Ce sont des familles dans lesquelles, bien souvent, l’enfant n’a plus sa place d’enfant parce qu’il est celui qui parle le mieux le français. Il a donc des responsabilités qui ne devraient pas être les siennes. Le temps des interventions de l’orchestre, chacun a pu retrouver sa place », observe Marine Rousseau, la référente du centre.

Des ateliers musicaux ludiques ont notamment eu lieu : l’un au centre pour les 5-10 ans, qui ont pu jouer du « cor des jardins », un instrument composé d’un tuyau d’arrosage et d’un entonnoir ; un autre mobilisant les familles, ainsi que des habitants du quartier, au café associatif Le Bar commun. Des concerts au Théâtre des Champs-Élysées, à la salle Cortot et au Musée national de l’histoire de l’immigration ont aussi réuni parents et enfants, interloqués par une musique dont ils ignorent parfois tout. « Ça n’a pas été facile, euphémise Marine Rousseau. Mais la curiosité a pris le dessus. Après cette expérience, des enfants voudront peut-être pratiquer une activité musicale l’an prochain, et des adultes auront moins peur d’aller vers d’autres découvertes. » Sans compter le bénéfice immédiat dans un quotidien morose, comme l’exprima une mère en sortant de la salle Cortot : « Le beau, ça fait du bien. »

Des places ont également été offertes aux hébergeurs et aux hébergés du programme ELAN, une initiative destinée à faciliter l’accueil de personnes réfugiées chez des particuliers, pour qu’ils se rendent ensemble au concert. Même si la culture ne résoudra pas des situations souvent dramatiques, Caroline Maleplate, secrétaire générale du Samu social, juge l’opération très positive : « Au-delà du plaisir éprouvé, cela participe à leur intégration, leur socialisation et leur estime de soi. J’ai en tête l’image des gamins qui, au Théâtre des Champs-Élysées, portaient un nœud papillon. Ils étaient fiers et avaient le sentiment d’être traités en égaux. » Des actions de ce type seront prochainement conduites au Bastion de Bercy, le nouveau centre d’hébergement d’urgence ouvert en décembre 2017 par l’association Aurore, l’un des trois centres du 12e arrondissement destinés à l’accueil de familles.