Le concert du 26 avril 2014 au Théâtre des Champs-Élysées vu par Marie-Julie Dhaou, étudiante en sciences et musicologie à la Sorbonne. 

Thomas Zehetmair retrouve ce soir l’Orchestre de Chambre de Paris pour un programme allant volontairement de la musique la plus moderne à la musique la plus ancienne. Sont à l’honneur, le compositeur associé Philippe Manoury, Richard Strauss et Robert Schumann. Cette soirée célèbre également le dernier concert de la saison avec le hautboïste étoile François Leleux, artiste associé de l’orchestre depuis 2012.

Strange Ritual (2005), qui remplace l’œuvre initialement prévue de Manoury Instants Pluriels (2008), ouvre la soirée sur un rythme envoûtant. La précision de l’orchestration associée à l’acoustique du Théâtre des Champs-Élysées fait bon ménage : la place est laissée avec précision aux silences évocateurs. Cela accentue adroitement l’importance des éclats percussifs et des jeux sonores. La présence de deux percussionnistes n’est pas des moindres. L’étonnante sonorité des steel drums s’entoure de celle de magnifiques gongs ciselés de motifs asiatiques. Claves, crotales, tambours basques et grelots viennent s’ajouter à cet alliage. La prédominance des percussions donne une régularité toute particulière à l’œuvre. Philippe Manoury l’explique d’ailleurs en ces mots : « le titre Strange Ritual évoque cela : une sorte de processus régulier et ordonné, tel un rituel, dont les éléments ont tendance à développer une conduite anarchique ».

Issu d’un registre fort différent, le Concerto pour hautbois en Ré Majeur fusionne élégance et humour, vivacité et finesse dans une pièce de référence pour les hautboïstes. François Leleux impressionne par sa maîtrise du souffle continu. Cette véritable prouesse physique est largement ovationnée par le public. À ce propos, il dit lui-même joliment que « l’effort est juste et surtout il est moindre car supporté par la musique». Son jeu aérien et d’une grande expressivité rappelle un léger chant d’oiseau. On en ressort à juste titre, gazouillant de joie. Rappelé chaleureusement à la fin du concerto, le hautboïste nous offre, ému, l’Adagio extrait de l’Oratorio de Pâques (Oster-Oratorium (BWV 249), 1725) de Bach. Cette œuvre sublime et de circonstance pour cette époque de l’année, propose l’une des plus belle phrase musicale écrite pour le hautbois. L’effet de surprise étant toujours agréable, c’est sans doute l’œuvre la plus émouvante de la soirée. Elle constitue un véritable temps fort du concert… un temps de grâce, un temps de méditation.

Associée de façon étonnante mais homogène à la pièce précédente, la Symphonie « Rhénane » montre la cohésion de l’orchestre et la main de chef avec laquelle il est dirigé. Dès le premier mouvement, les transitions avant la reprise du premier thème du piano au sforzando, sont saisissantes. Il en est de même pour les crescendos : ils installent une tension pénétrante qui, l’instant d’après, s’envole emportée par la suite. L’interprétation est piquante.

Cette soirée au programme audacieux, fut avant tout émouvante. Elle nous a fait découvrir à travers un interprète qui partage généreusement sa passion, un pan du répertoire trop peu connu du hautbois. C’est aussi une jolie preuve que l’Orchestre de chambre de Paris, ainsi que son chef, manie et s’adapte avec brio à un répertoire hétéroclite.