Le 27 janvier au théâtre Paris-Villette, dans le cadre du festival Vis-à-Vis, temps fort de la création artistique en milieu carcéral, le projet « Les Flibustiers du Qlassik » a réuni un quatuor à cordes de l’Orchestre de chambre de Paris, le rappeur Ménélik et cinq personnes détenues du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin. Cette démarche exemplaire, doublée d’une réussite artistique mêlant rap et musique classique ou contemporaine, a été menée à bien sous l’impulsion d’Irène Muscari, coordinatrice culturelle du SPIP 77 (Service pénitentiaire d’insertion et de probation). Elle répond à nos questions.

Quelle est la genèse du projet ?

En janvier 2017, je me suis rendue à l’Hôtel de Ville de Paris à l’occasion du concert du nouvel an de l’Orchestre de chambre de Paris. En première partie de soirée, cet événement réunissait le rappeur Ménélik et des jeunes musiciens du conservatoire à rayonnement régional de Paris. J’ai tout de suite saisi le potentiel énorme d’un tel projet auprès de mon public : le rap, auquel il est souvent habitué, ouvrait une porte sur la musique classique, tout en présentant des défis en termes d’écriture et de placement rythmique. J’ai donc contacté l’orchestre dont nous sommes partenaires depuis trois ans : nous avons organisé des concerts-conférences de sensibilisation – du baroque à la musique de chambre contemporaine – dans l’établissement.

Nous avons ensuite développé des ateliers en compagnie de musiciens. Enfin, le projet Comp’Ose a permis à huit détenus de co-composer une pièce ensuite donnée, en leur présence, au Théâtre des Champs-Élysées. En mai 2017, quatre partenaires se sont donc assis autour de la table : le SPIP 77, l’Orchestre de chambre de Paris, Ménélik – qui a accepté tout de suite – et le festival Vis-à-Vis dédié à la création artistique en milieu carcéral.

Comment le processus de création s’est-il déroulé ?

Le projet a été présenté à l’ensemble des personnes détenues, début octobre, en présence de Ménélik et du quatuor de l’orchestre. Certaines se sont portées volontaires et j’en ai convaincu d’autres. Au final, cinq personnes détenues – dont l’une a ensuite été placée sous le régime de la semi-liberté – ont écrit les textes avec Ménélik pendant un mois, puis travaillé la mise en voix avec l’aide d’un pianiste en novembre, enfin répété la création en décembre et janvier avec le quatuor. Deux représentations ont été données : l’une au centre pénitentiaire, l’autre au théâtre Paris-Villette avec les personnes détenues qui avaient obtenu une permission.

Dans le travail que vous menez, peut-on parler d’un projet modèle ?

Oui, dans le sens où il est à la fois ambitieux, novateur et abouti. Mais il ne peut pas s’appliquer à toute la population carcérale, ne seraitce que parce que les trois quarts ne sont pas permissionnables. Une grande partie de mon travail est aussi occupationnelle et de longue haleine.

Quel bénéfice les personnes détenues en retirent-elles ?

D’abord, elles dépassent les limites sociales et culturelles qu’ellesmêmes s’imposent. Ensuite, cela leur apprend à renouer avec l’extérieur. Pour une fois dans leur vie, elles sont jugées pour quelque chose de bien. Elles reçoivent des sourires, de l’admiration, le regard sur elles n’est plus le même. Je ne prétends pas que Bach va changer leur vie – ce n’est qu’un outil – mais elles ne seront plus jamais comme avant. Être capable de produire une œuvre et de monter sur scène, c’est extraordinaire pour ces hommes. Quand ils sortiront et devront se réinsérer, ils pourront faire appel à cette expérience.

Après la Fondation M6, la Fondation Meyer, pour le développement culturel et artistique, accompagne la démarche de l’Orchestre de chambre Paris en milieu pénitentiaire.

 

Représentation le samedi 10 novembre à 19h au Centquatre-Paris