Lars Vogt s’est imposé comme l’un des musiciens majeurs de sa génération. Né à Düren, en Allemagne, en 1970, il se fait connaître du grand public en remportant le deuxième prix du Concours international de piano de Leeds en 1990.se destine très tôt à la musique et au théâtre. Il se produira avec l’orchestre le jeudi 20 décembre à 20h au Théâtre des Champs-Élysées. 

 

Pourriez-vous nous présenter le programme de ce concert ?

Avec l’Orchestre de chambre de Paris, nous avons préparé un programme très excitant, qui rapproche trois de mes compositeurs favoris : Jörg Widmann, qui est un ami très proche, avec sa pièce Con brio; Schumann, avec son Concerto pour piano en la mineur, l’une des œuvres les plus splendides du répertoire pour piano; et Beethoven, avec sa Symphonie n° 4, qui est l’une des premières œuvres que j’ai dirigées lorsque la direction a pris plus de place dans ma carrière, il y a une dizaine d’années. Ces trois œuvres me sont très chères, à bien des égards.

Je trouve que le titre de l’œuvre de Widmann, Con brio, est particulièrement adapté à l’ensemble de ce programme – c’est la vie, l’enthousiasme. Ces trois œuvres expriment beaucoup de joie. Celle de Widmann est pleine d’humour, d’un bout à l’autre – contrairement à l’idée que l’on se fait en général de la musique contemporaine, intellectuelle et sérieuse. Elle regorge de citations, notamment de Beethoven, et se déploie tout simplement dans la virtuosité et la joie.

Le Concerto de Schumann est bien sûr pour moi le concerto romantique pour piano, empreint de jeunesse et de désir, avec cette incroyable liberté dans le dernier mouvement, extrêmement virtuose et exigeant pour le piano. Le jouer sans chef tient du défi et revêt une beauté particulière. Quant à la Symphonie no  4 de Beethoven, elle commence de façon très sérieuse, très sombre, comme une sorte de musique de requiem, mais elle s’éclaire, au bout de quelques minutes, de soleil et d’espoir. On va de surprise en surprise, et Beethoven nous donne à entendre finalement une musique incroyablement heureuse, comme un chant irradiant le soleil de la vie.

Quelle est votre histoire avec le Concerto de Schumann ?

J’ai une histoire personnelle particulière avec ce Concerto, que je joue depuis l’âge de dix-sept ans et qui a réapparu à de multiples reprises au cours de ma vie musicale. Je l’ai interprété en finale du Concours de Leeds, en 1990 – c’était aussi ma première collaboration avec Sir Simon Rattle, qui est devenu très important pour moi, une sorte de mentor, de guide, notamment dans ma vie de chef aujourd’hui. Le lien fort qui nous unit s’est noué, la première fois, autour de ce Concerto de Schumann, qui est également celui que j’ai joué la première fois que je me suis produit aux Proms de Londres.

Qu’attendez-vous de votre collaboration avec l’Orchestre de chambre de Paris dans cette œuvre concertante ?

Jouer le Concerto de Schumann – qui est vraiment une œuvre de musique de chambre – avec l’Orchestre de chambre de Paris est un pas de plus pour moi vers la découverte de ce que cette œuvre peut offrir. Je vais jouer et diriger ce concert, ce qui, bien sûr, était une pratique courante dans des temps plus anciens. Il n’y avait pas de séparation entre le rôle d’instrumentiste et celui de chef. Je pense à Mendelssohn, à Hans von Bülow, à Joseph Joachim, à Brahms bien sûr ! J’adore travailler avec de grands chefs d’orchestre : je le fais et je continuerai à le faire – ce sont une joie et une source d’inspiration immenses. Mais cette stricte séparation entre instrumentiste et chef me semble un tout petit peu artificielle. J’aime énormément le travail direct et le contact immédiat avec un orchestre, avec un groupe : dans le Concerto de Schumann, de nombreuses choses se réalisent uniquement en se regardant les uns les autres, en s’écoutant, en se rapprochant les uns des autres, en se « ressentant ». C’est une expérience magnifique, et je suis impatient de la vivre, pour la première fois, avec l’Orchestre de chambre de Paris.

 

Jeudi 20 décembre à 20 H au Théâtre des Champs-Élysées, Piano con brio

 Cette interview est extraite du programme de salle, découvrez d’autres interviews de solistes invités sur Facebook et sur YouTube.