Stéphanie d’Oustrac se destine très tôt à la musique et au théâtre. William Christie, le premier à voir en elle ses talents de chanteuse et de comédienne, lui offre ses premiers rôles de tragédienne. Elle se produira avec l’orchestre sous la direction du chef Jonathan Cohen le jeudi 8 novembre à 20h au Théâtre des Champs-Élysées. 

 

Qu’est-ce qui vous a guidée dans le choix des airs de ce programme ?

Lorsque l’Orchestre de chambre de Paris m’a proposé ce récital Mozart, j’ai cherché des airs de personnages d’opéras mozartiens que j’avais déjà incarnés sur scène, qui avaient jalonné mon parcours, de mes débuts jusqu’à aujourd’hui. Ils sont ainsi presque tous les témoins et le reflet de mon cheminement vers la maturité, tout en me permettant de revenir à mes premières amours : nous commençons par les jeunes garçons – le petit Chérubin a été l’un de mes premiers personnages de Mozart, Zerline est une toute jeune fille aussi – pour avancer peu à peu vers des personnages plus mûrs comme Donna Elvira.

 

Quelles qualités vocales exigent ces airs ?

Je dirais qu’ils requièrent avant tout une simplicité et une pureté absolues. Certes, l’opéra nécessite également beaucoup d’expression, mais il ne faut jamais perdre, chez Mozart, la simplicité et la pureté de la ligne de chant. C’est la grande difficulté : toujours surfer sur cette ligne très pure, et donc amener l’expression dans quelque chose de très fin, de très subtil. Je vais présenter chacun de ces airs, comme je le fais souvent en récital, afin de replacer chacun dans son contexte. Il est intéressant de souligner que la première partie du concert est consacrée à ce que l’on appelle des rôles « de pantalon », masculins, et que la seconde appelle des rôles féminins : ce ne sont pas du tout les mêmes personnages, certains sont très jeunes, d’autres le sont moins ; ils n’ont pas le même vécu. Chérubin est un tout jeune garçon amoureux, Idamante est dans un drame incroyable vis-à-vis de son père, par rapport à la filiation. Ces personnages n’ont pas tous la même profondeur, la même façon d’exprimer leur amour ou leur souffrance. Il me faut, moi aussi, me mettre dans le contexte de chacun afin d’être, en tant que chanteuse et comédienne, très claire dans mes propositions.

Comment allez-vous travaillé avec Jonathan Cohen et l’Orchestre de chambre de Paris ?

Nous nous sommes croisés, avec Jonathan Cohen, il y a des années, et j’ai un grand plaisir à le retrouver aujourd’hui pour ce programme mozartien. Du fait de l’effectif « de chambre » de l’Orchestre, nous pouvons aller très loin dans la nuance, dans le jeu, dans les couleurs qui sont nécessaires à l’opéra. Et comme nous sommes en situation de concert – et non de scène –, sommes allés plus rapidement et plus facilement à l’essentiel, au cœur de toutes les subtilités que nécessitent ces airs d’opéra et de concert. Certains sont parfois assez intimistes, reflétant des moments sensibles dans l’opéra: je trouve formidable de pouvoir les chanter avec un orchestre de chambre, cela permet d’aller vraiment au plus profond des couleurs et de l’expression. Donner un best of mozartien dans ce contexte-là, c’est tout simplement extraordinaire !

 

Propos recueillis par Anissa Rémot

 

Jeudi 8 novembre à 20 H  au Théâtre des Champs-Élysées, Stéphanie d’Oustrac chante Mozart

 Cette interview est extraite du programme de salle, découvrez d’autres interviews de solistes invités sur Facebook et sur YouTube.