Fabio Biondi et l’Orchestre de chambre de Paris poursuivent leur exploration du XVIIIe siècle, une collaboration devenue un incontournable de la vie musicale parisienne.

Le fondateur et chef d’Europa Galante parcourt certes le monde pour dispenser la bonne parole mais il entretient avec l’Orchestre de chambre de Paris des relations aussi anciennes que particulières  : «  Cela fait plus de quinze ans que je retrouve régulièrement l’orchestre. On rencontre fréquemment des formations modernes sincèrement intéressées par le type de travail que je propose, mais pas forcément de façon soutenue. Dans le cas de l’Orchestre de chambre de Paris, les musiciens se considèrent engagés dans une longue promenade qui est celle de la connaissance. Nous avons engagé un compagnonnage long et positif, qui porte maintenant ses fruits et qui fait que je n’ai plus vraiment à expliquer mes propositions. »
 

 

Le chef-violoniste s’avère un témoin remarquable de l’évolution – fort positive – des mentalités concernant « l’interprétation historiquement informée  »  : «  Le phénomène est évident sur le plan international, ce qui m’enthousiasme beaucoup. J’ai par exemple dirigé un programme baroque avec le Chicago Symphony Orchestra et je me suis rendu compte que les musiciens possédaient une connaissance certes encore imparfaite, mais toutefois réelle du répertoire que nous devions jouer. Savoir que Vivaldi ne se joue pas comme Brahms participe du cheminement personnel d’un musicien et la grande aventure de la musique baroque a vraiment prouvé son utilité. On ne rencontre quasiment plus de production avec un opéra de Haendel ou même de Mozart placé sous la baguette d’un chef dirigeant cette musique comme dans les années 1940. » Rigueur ne rime nullement avec rigidité et si les considérations strictement organologiques jouent un rôle important dans la réflexion musicale de Fabio Biondi, elles s’effacent devant le geste musical : « J’ai toujours dirigé l’Orchestre de chambre de Paris de mon violon. L’orchestre joue certes sur instruments modernes mais, sur ce point, le seul élément fondamental à mes yeux c’est l’archet. De manière générale, l’instrument constitue pour moi un véhicule qui, somme toute, est secondaire par rapport au langage musical et à son contenu. »

 

 

L’instrument constitue pour moi un véhicule qui, somme toute, est secondaire par rapport au langage musical et à son contenu.

Certes, Fabio Biondi a assis sa notoriété grâce à un enregistrement, pour le défunt label Opus 111, des Quattro stagioni de Vivaldi qui fit l’effet d’un coup de tonnerre en 1991. Mais il s’est aussitôt révélé un infatigable défricheur de partitions qui, de son propre aveu, préfère donner des partitions entières plutôt que de se livrer au simple récital avec une voix, aussi prestigieuse soit-elle. Le concert du 27 septembre propose ainsi la rare musique de Francesco Geminiani, un compositeur dont il s’est fait le champion dès 1997, avec un enregistrement des concerti grossi : « Geminiani souhaitait dissiper l’incompréhension mutuelle qui opposait Français et Italiens ; il nous offre le parfait exemple d’un compositeur transalpin qui s’est immergé dans le style du pays voisin. La foresta incantata est une pièce dédiée à Paris, extraordinaire en ce qu’elle propose une musique italienne mais sertie dans le style français. » Geminiani ne pouvait donc que passionner ce francophile qui, en 1981, avait fondé le quatuor Stendhal. Plus tard, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, il retrouve certes son cher « Prete rosso » (NDLR : Prêtre roux, le surnom de Vivaldi) mais avec une partition peu donnée : « Tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une pièce majeure de la production de Vivaldi mais, fort étrangement, personne ne veut la jouer ! Je pense que le moment est venu de montrer enfin toute son importance au public. » Propos énoncés avec un grand éclat de rire.

 

 

Y. T.
Fabio Biondi © J. Rajotte

 

Cet article est extrait du magazine de l’Orchestre de chambre de Paris

 

 

Mercredi 27 septembre à 20 H Théâtre des Champs-Élysées : La Foresta Incantada avec Fabio Biondi (direction et piano), Vivica Genaux (mezzo-soprano) et Sonia Prina (contralto)